Un tatouage pour retrouver sa féminité après un cancer du sein

Le tatouage peut faire des miracles, en effet grâce à une aréole et un mamelon tatoués en trompe-l’œil, des femmes touchées par le cancer du sein retrouvent leur féminité.

Témoignages et explications.

«Aujourd’hui, je me déshabille sans la moindre gêne pour prendre ma douche au fitness.» Avec ses beaux seins tout neufs, Emmanuelle Vauthey revient de loin. Difficile à croire que cette radieuse maman de deux jeunes enfants, image même de la séduction et du bien-être, sort d’un douloureux combat contre un cancer du sein particulièrement virulent. Opération, chimio lourde, radiothérapie. Et comme si cela ne suffisait pas, un test ADN révèle qu’Emmanuelle est porteuse des gènes de la maladie. «Pour écarter tout risque de récidive, j’ai décidé de me faire enlever les seins et les ovaires.» L’opération a lieu en 2004. A 34 ans, la jeune femme se retrouve le torse plat, sans seins ni aréoles, et avec deux grandes cicatrices. «J’avais beau m’être préparée à ce que j’allais voir, c’était un choc. J’ai pleuré. Heureusement, j’ai eu la chance d’être très bien entourée par mon mari, ma famille et mes amis.» Une reconstruction mammaire effectuée ensuite reproduit à la perfection l’apparence de ses vrais seins. Il faut encore une petite intervention chirurgicale pour sculpter des aréoles et des mamelons artificiels. Mais ceux-ci se confondent avec la couleur de la peau. C’est là qu’intervient le travail d’artiste de la tatoueuse, qui leur donnera une teinte plus foncée ressemblant à s’y méprendre aux originaux. «Mon mari m’a dit qu’il m’offrait ce tatouage car son coût, n’est pas remboursé par les caisses maladie. Le résultat était extraordinaire. Après tout ce que j’ai enduré, c’était la cerise sur le gâteau!»

Claudia N., 41 ans, a traversé à peu de chose près les mêmes épreuves: «Voir ses seins sans mamelon, ça choque, on ne se sent pas entière, on ne retrouve pas l’image de son corps. Le tatouage, c’est la touche finale, ça change tout. Car c’est avec le regard qu’on s’approprie ses nouveaux seins.» Comme Emmanuelle, elle regrette le refus de remboursement par les caisses: «La SS nous paie une perruque, mais le tatouage reste à la charge des patientes. Pourtant, le tatouage est beaucoup plus important que la perruque car les cheveux repoussent, mais pas les mamelons!»

Les chirurgiens sont du même avis, eux qui réalisent au bistouri un minutieux travail de sculpteur pour créer aréole et mamelon là où il n’y avait rien d’autre qu’une peau lisse. «C’est une honte que ce type de tatouage ne soit pas remboursé, alors qu’il fait partie intégrante d’une reconstruction complète», estime le Dr Christophe Racine. «Un sein sans aréole et sans mamelon, c’est comme un visage sans nez», surenchérit le Dr Wassim Raffoul, il juge indispensable ces tatouages pour le bien-être de la femme «le tatouage qui métamorphose en sein ce qui n’était auparavant qu’une simple boule». Défenseur d’une médecine qui soigne le mental autant que le physique, il déplore les réticences des caisses maladie et les prises de position d’un système de santé qui n’intègre pas toutes les facettes de l’être humain.

Tatoueuse bien connue des chirurgiens romands, Rosina Fleury colore des aréoles, camoufle des cicatrices, dessine des sourcils et des lèvres chez des patients dont l’image a été mise à mal par l’accident ou la maladie. Cette ex-dessinatrice en joaillerie cultive l’art du détail autant que celui des relations humaines.

Interview:

Que vous disent les patientes en franchissant le seuil de votre cabinet?
Elles comptent sur le tatouage pour se sentir à nouveau complètement femmes. Car pour elles, un sein sans mamelon et sans aréole, ce n’est pas un sein.

Comment procédez-vous pour rendre au sein une apparence naturelle?
L’intervention, qui dure environ une heure trente, consiste à implanter un pigment sous les couches superficielles de la peau, comme un tatouage. Un mois après, j’effectue des finitions. Le plus important, c’est de trouver la couleur qui correspond le mieux à la teinte de la peau de chaque femme. Comme elle s’estompe avec le temps, une repigmentation est nécessaire tous les cinq à dix ans. Plus les aréoles sont foncées, plus la couleur dure longtemps.

Quelles sont les réactions des femmes une fois le tatouage terminé?
Elles sont tellement heureuses! La plupart veulent m’embrasser. Je me suis occupée d’une zone intime de leur corps, elles m’ont souvent raconté leur histoire. Entre nous s’est établi un rapport de confiance. C’est quelque chose de fort.

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